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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 08:43

Après la fin du Mur, des Berlinois de l'Est sont venus rendre des livres empruntés en bibliothèque en 1961

Annabelle Georgen

Allemagne
08.11.2014

A Berlin-Ouest, la Geden Bibliothek. Illustration prise sur www.berlin.de

A Berlin-Ouest, la Geden Bibliothek. Illustration prise sur www.berlin.de

Au lendemain du 9 novembre 1989, des centaines de Berlinois de l'Est vinrent s'inscrire à l'Amerika Gedenkbibliothek, la plus grande bibliothèque publique de Berlin-Ouest. Et certains en profitèrent même pour restituer des ouvrages empruntés avant la construction du Mur!

 

Le matin du 10 novembre 1989, le téléphone d'Ingrid Bellenbaum sonna à 6 heures: «Le Mur est tombé hier soir!», lui lança joyeusement à l'autre bout du fil une de ses collègues de l'Amerika Gedenkbibliothek. Cela faisait déjà quelques années qu'Ingrid Bellenbaum travaillait au comptoir de prêt de la plus grande bibliothèque de Berlin-Ouest. Un élégant rectangle de béton légèrement incurvé, à la façade quadrillée de petites fenêtres, qui avait été dessiné par des architectes allemands et américains à la demande des États-Unis et inauguré en 1954 dans le quartier de Kreuzberg. La première bibliothèque allemande où l'on pouvait déambuler entre les rayonnages et choisir soi-même ses livres au gré de ses trouvailles.

Financée avec les dollars du plan Marshall, l'Amerika-Gedenkbibliothek («la bibliothèque américaine du souvenir») était un cadeau des alliés américains aux Berlinois en souvenir du blocus soviétique et du pont aérien qui avait permis de le contourner entre les mois de juin 1948 et d'octobre 1949. Guerre froide oblige, elle avait été bâtie sur la même ligne que la Friedrichstrasse, où se trouvait le fameux checkpoint Charlie, de manière à être visible même depuis le secteur soviétique!

Juste après avoir raccroché, la bibliothécaire rassembla en vitesse quelques provisions et alla rejoindre ses collègues autour d'un petit déjeuner commun pour fêter l'événement. Ceux qui ne travaillaient pas ce jour-là partirent ensuite faire une virée à Berlin-Est, tandis qu'Ingrid Bellenbaum dut prendre place derrière son guichet. Elle ne se doutait pas que quelques instants plus tard, elle allait vivre quelque chose de bien plus émouvant que ses collègues partis voir le Mur.

 

«Nous avons ouvert les portes de la bibliothèque et la première personne qui est entrée était un lecteur de l'ex-RDA», se souvient l'ancienne bibliothécaire, à la retraite depuis de nombreuses années. Il avait apporté deux livres avec lui. Ingrid Bellenbaum n'arrive aujourd'hui plus à se souvenir des détails de cette brève rencontre, mais un article publié le 15 novembre 1989 par le quotidien ouest-berlinois BZ, qui l'avait interviewée à l'époque, permet de reconstituer la scène:

«Peu après onze heures, un vieil homme aux cheveux blancs est venu vers moi, a posé deux livres sur le comptoir et dit: "Je ne pouvais  pas jeter les livres par-dessus le Mur, je veux maintenant pouvoir enfin dire la vérité. J'étais étudiant à l'Université Humboldt, j'ai emprunté les livres ici quelques jours avant la construction du Mur. Je les ai traités avec soin, rangés dans ma bibliothèque".»

Werner Plaschke, c'était son nom, rapporta ce jour là un roman, La mort à Venise, de l'écrivain allemand Thomas Mann, ainsi qu'un essai du philosophe Friedrich Wilhelm Förster intitulé La question juive. Les deux livres contenaient toujours la fiche bristol sur laquelle était tamponnée la date à laquelle l'ouvrage emprunté devait être restitué au plus tard, comme c'était l'usage avant que la bibliothèque n'adopte un système de gestion automatisé. «9.SEP.61», pouvait-on lire sur les siennes, ce qui indiquait qu'il avait emprunté les livres le 9 août 1961, soit trois jours à peine avant la construction du Mur dans la nuit du 12 au 13 août. Ses deux livres reçurent immédiatement un nouveau code et furent remis en circulation.

«Il était très ému», se rappelle la bibliothécaire. Dans l'article du BZ, elle disait, amusée: «Je ne m'étais encore jamais autant réjouie de voir des livres rendus avec du retard. On pouvait voir sur le visage de l'homme qu'il était très soulagé.» Soulagé d'avoir rendu un emprunt vieux de 28 ans ou d'avoir accompli ce geste hautement symbolique? Werner Plaschke présenta aussi sa vieille carte de lecteur et s'en fit faire une nouvelle. Il demanda à pouvoir garder l'ancienne en souvenir et s'en alla aussi discrètement qu'il était arrivé.

 

«Ils étaient des centaines à attendre»

Dans les semaines qui suivirent sa publication dans les gazettes locales, son histoire incita quelques autres Berlinois qui s'était retrouvés dans cette même situation d'une sinistre absurdité lors de la construction éclair du Mur de Berlin à faire de même. «C'était très excitant pour tout le monde mais ils ne furent pas nombreux, il y a eu peut-être tout au plus une vingtaine de personnes qui ont rapporté des livres», se souvient Milan Bulaty, l'ancien vice-directeur de l'Amerika-Gedenkbibliothek. Tout aussi réjouissante était pour lui l'immense file de Berlinois venus des quartiers de l'Est pour s'inscrire à la bibliothèque dans les jours qui suivirent la chute du Mur:

«Il y avait une queue jusqu'à la rue, à 80 mètres de l'entrée de la bibliothèque. Ils étaient des centaines à attendre. Bien qu'un règlement autorisait seulement les habitants de l'Ouest à emprunter des livres, j'ai bien entendu pris la décision de permettre à tous les Berlinois d'y avoir accès.»

 

Mais la décision généreuse de Milan Bulaty lui a pourtant mis à l'époque une partie du personnel à dos, agacée par l'énorme tâche que représentait cet afflux de nouveaux lecteurs:

«Pendant que j'étais en vacances, certains employés ont déposé un recours disciplinaire contre moi. L'administration a mis six mois pour confirmer que ma décision était la bonne. J'ai donc dû agir dans l'illégalité pendant la moitié de l'année.»

La bibliothèque tourna à plein régime jusqu'à la fin de l'année, à tel point que les ouvrages venaient à manquer, fait remarquer Ingrid Bellenbaum:

«Nous n'avions pratiquement plus de livres dans les étagères. Ces nouveaux lecteurs étaient assoiffés de savoir, il y avait par exemple beaucoup d'étudiants qui venaient emprunter des ouvrages spécialisés.»

 

Âgé d'à peine 14 ans lors de la chute du Mur, le journaliste Robert Ide se souvenait récemment lui aussi de cette frénésie dans les colonnes du quotidien berlinois Der Tagesspiegel, dont il dirige aujourd'hui la rédaction locale:

«Et je suis allé m'inscrire à l'Amerika Gedenkbibliothek pour découvrir le nouveau Berlin dans lequel je me perdais avec avidité. J'ai emprunté des guides de voyage sur la ville dans laquelle je vivais et que pourtant je ne connaissais pas. J'ai rattrapé beaucoup sur l'histoire de Berlin, que je connaissais, certes, mais pas sous toutes les couleurs et sous toutes les formes.»

Délices de la liberté

Cette soif de lecture, Ursula Popiolek la connaît bien. À la chute du Mur, cette traductrice spécialisée dans les langues slaves ayant grandi derrière le rideau de fer a fondé à Berlin sa propre bibliothèque, la Gedenkbibliothek für die Opfer des Kommunismus. Dédiée aux victimes du communisme, cette minuscule bibliothèque nichée dans une échoppe du Nikolaiviertel, dans le quartier de Mitte, recèle près 12.000 ouvrages interdits en ex-RDA, en grande partie des essais et des témoignages sur les crimes communistes: «Quand j'ai créé la bibliothèque en 1990, j'ai cherché à trouver la liste des ouvrages interdits en RDA. On l'appelait "l'index"», se souvient-elle. «Mais je n'en ai pas trouvé. Une dictature use de l'arbitraire, de façon à ce que personne ne puisse se référer à ce qui est permis ou pas pour justifier ses actions.»

 

Ursula Popiolek parle d'un temps où il fallait aller chez les bouquinistes à Prague pour dénicher des livres introuvables en RDA ou avoir des contacts à l'Ouest pour se les faire envoyer sous pli discret, où les poètes dissidents organisaient des lectures publiques sur des barques au milieu des lacs pour échapper aux micros de la Stasi, où les écrivains truffaient leurs manuscrits de phrases à double sens pour passer au travers des filets de la censure... Il suffisait d'ailleurs que l'attitude d'un auteur déplaise au régime pour que toute son oeuvre, même si elle ne comportait pas un seul passage contestataire, soit du jour au lendemain introuvable dans les bibliothèques de la RDA, explique Ursula Popiolek:

«Les bibliothèques étaient souvent "nettoyées" en douce. Quand j'étais au lycée, j'avais emprunté une biographie de Clara Schumann écrite par Werner Quednau à la bibliothèque scolaire. Quelque temps après, le livre n'y était plus. Simplement parce que Quednau avait fui à l'Ouest.»

Vingt-cinq ans après la chute du Mur, les récits sur l'euphorie qui s'empara des Allemands de l'Est lorsqu'ils goûtèrent aux délices de la liberté à l'Ouest ont pourtant massivement retenu l'anecdote de la foule en liesse se ruant au Ka De We, l'équivalent berlinois des Galeries Lafayette, cédant aux sirènes du capitalisme après des décennies de rêveries mâtinées de frustration. À côté, celle de l'Amerika Gedenkbibliothek semble tout droit sortie d'un roman.

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Publié par Ludovic Bonneaud - dans Archives en tout genres
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