A l'angle des rues de la Cathédrale et du Marche, 18H23. L'étonnement des gens face à une situation peu banale dans la cité poitevine découvrant la voie publique
après le passage du cortège.
L'agence BNP du Parvis Notre Dame, 18H39. Rien n'a été laissé au hasard...
Parvis Notre Dame, 18H45. Une scène étrange: un espace dit sécurisé, deux interpelés en mode exhibition public, des policiers en tenue de sortie en
attente, et un public de badauds regardant ce qu'il se passe et essayant de comprendre la scène (ou non scène qui se déroule sous ses yeux).
Rue du Marché, 18H47. Les pompiers commencent à sécuriser les espaces dégradés, sous le regard toujours étonné des Poitevin(e)s.
Paysage nocturne au Rond Point de la Place de Gaulle, 01H56. Les cars de gendarmerie sont restés en place environ jusqu'à 2H30, sans qu'il se passe
d'évènements particuliers, alors que les Poitevin(e)s ingurgitaient...illégalement sur la voie publique des godets de boissons en tous genre...
De mémoire de Poitevin(e)s, il y a bien longtemps sans doute que l'on n'avait pas vu cela, si ceci c'est déjà
produit dans la cité pictavienne par le passé. Quelle tristesse.
Ce 10 Octobre 2009 restera pour Poitiers comme un jour sombre. Cette manifestation, dont le thème était le système carcéral sur fond de transfert de prisonniers de Poitiers à la nouvelle
prison de Vivonne. Pour ma part, je ne suis pas fan de l'idée de construction de nouveaux centres pénitentiaires. Cependant, doit-on pour autant tolérer que les prisonniers payent pour autant
une double peine? Certes, le fait d'être en prison pour un certain temps est une sanction pour un délit, un crime qui a été commis. Mais doit on accepter que ces personnes vivent ce temps
privé de liberté dans un endroit inhumain? Les prisons françaises: un scandale en Europe, une honte dans un état dit démocratique, pour un pays érigé comme le pionnier des droits de
l'homme.
Ce cortège inter-régional était annoncé comme festif. Pourquoi pas. Mais quelle est l'idée de festivité avec des masques à gaz, des barres de fer, et autres matos plutot viril. J'ai vu la
manif partir de la Place d'Armes, et je l'ai vu arriver Parvis Notre Dame. J'ai eu ensuite des échos de ce qu'il s'est passé, notamment au Pont Joubert (je n'ai pas de preuve formel pour dire
qui a commencé), et rue Jaurès, avec l'honteuse et scandaleuse dégradation du Baptistère Saint Jean (un tag en latin, Omnia Sunt Communia).
Par contre je suis sur d'une chose, c'est ce que j'ai vu: Parvis Notre Dame, à 18H08 quand le cortège, qui avait dézingué une partie des commerces de la rue de la Cathédrale et de la rue du
Marché. A ce moment là se déroulait un concert devant l'Eglise quand des gens se sont mis à courir rue de la Regratterie en criant "Voilà les casseurs, les casseurs arrivent". Curieux je me
suis avancé. Et pendant que le concert se poursuivait, les vitrines ont été pulvérisé, les fumigènes créeaient une ambiance de vive tension tandis que des fusées d'artifice étaient tirées
dans les cieux pictaviens. J'ai essayé de m'éloigné, un photographe pouvant paraître suspect. Une fois rendu au niveau de l'ancien Mel Vil, un groupe de manifestants, banderole à la main
fuyait en courant un policier, qui quelques secondes plus tard, fit usage de son flash-ball. Une minute après, un jeune homme se faisait interpellé.
UN CRIME CONTRE UNE VILLE ET CONTRE LES EXPRESSIFS
Le mal est fait. Tout d'abord, il est important de faire la part des choses: toutes celles et tous ceux qui ont
manifesté à la manif n'ont pas pris par aux dégradations et n'ont pas cautionné ce qu'il s'est passé. Sur les 200-300 personnes recensées, c'est hélas ce qui font le plus de bruit qui se font
remarquer: étaient-ils majoritaires ou minoritaires, ceci est-un autre sujet. Toujours est-il que de l'aveu même de la Préfecture, on ne s'attendait pas à cela, d'où les difficultés pour les
forces de l'ordre d'intervenir et de juguler les débordements.
Résultat des courses: la fatcure va être très élevée pour la ville entre les vitrines ruinées, les tags, abribus et cabines téléphoniques pulvérisés, et enfin le nettoyage du Baptistère.
Mais LA victime de ces incidents, ce sont les Expressifs (artistes, bénévoles, public...), dont la conséquence s'est traduit le soir même par une annulation du festival pour le samedi soir et
une reprise des "activités" le dimanche. Les dégats orchestrés Parvis Notre Dame se sont déroulés alors qu'un concert se jouait en présence de familles, de gamins, de jeunes, enfin bref d'un
peu tout le monde. Après l'uppercut de l'alcool en 2008 voici en 2009 un terrible coup de poignard dans le dos
porté à Poitiers Jeunes, organisateurs du festival, mais aussi aux milieux culturels poitevins. Une autre victime de ce grabuge urbain va être à coup sûr le 23, organisateur de la journée
anti carcérale (débat expos film. manif..). Hier soir, selon les échos que j'en ai eu, c'était un véritable panier à salade qui s'était mis en marche dans cet espace culturel: bref pour ce
saturday night, cela ne devait être pas très beau à voir... Le bleu police devenant la tenue de soirée impérative...L'affaire est bien trop grave pour que l'on se permette de se risquer à de
quelconque pronostics concernant le 23, mais aussi pour les 18 personnes qui, selon AFP, ont été interpellées à la mi-journée, et qui pourraient passer en comparution immédiate
dès...demain.
Résultat des courses: une manif avec des personnes mobiles extremement bien organisées dont une partie n'avait aucune bonne intention en elle,
beaucoup de personnes choquées, étonnées, énervées, deux blessés à ma connaissance (un policier et le mec de chez Bouygues), beaucoup de nettoyage (tags et bouts de verre des vitrines), une
médiatisation au final peu souhaitée pour cette bonne bourgade de province qu'est Poitiers, et finalement un renforcement à l'avenir des positions répréssives et autoritaires de l'Etat, bref
tout ce qui n'était ni souhaité à la base. L'intellect et la noblesse du combat politique ne sort pas grandi de ces actes sauvages de destructions.
On risque de parler longtemps de cette journée pictavienne hélàs. Et en plus de cela, Poitiers a perdu en volley et au basket. Une vraie soirée de merde.
PS: encore une fois, nous avons eu l'occasion d'entendre beaucoup de conneries de la part des
journalistes. En effet, de France Info à TF1, en passant par France Télé et les sites de médias sur le net: le centre de Poitiers n'a pas été dévasté, mais une partie seulement. En promenant
un journaliste de Blossac à la Médiathèque, en passant par la Mairie et la Rue Gambetta, rien ne ressemblera à une description analogique de Byrouth en temps de guerre dans les années 1980.
Et ensuite, il serait pas mal de définir le concept "d'ultra gauche" qui a émergé en France avec l'emprisonnement mystérieux de Julien Coupat, et qui à mes yeux ne ressemblent qu'à un simple
concept médiatique.
Enfin, et ironie de l'histoire, c'est un document vidéo amateur qui est passé en boucle sur les chaines de télé pour illustrer les
faits. Et dire qu'il y a peu, au moment de l'affaire Hortefeux, les milieux "autorisés" médiatique parisiens reprenaient tous en coeur le même refrain: Internet est dangereux et pas crédible. Mais ils sont désormais obligés de "s'abaisser" à des recherches sur Youtube et
Dailymotion pour illustrer leurs reportages, pratiques qui devraient aller crescendo à l'avenir. Intéressant, non?
PS2: je me permets de vous proposer quelques liens amis: POITIERS CALLING, DJIWOM IN POITIERS, COCCINELLE.
C'est vous qui le dites!