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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 09:38

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Les Tontons flinguent encore

Le Monde.fr | 24.11.2013 à 12h47• Mis à jour le 24.11.2013 à 13h05|

Leq Tontons Flingueurs: la bande-annonce

 


 

Cet article a été publié originellement en 2001

 

C'est la plus célèbre cuisine du cinéma français. Une cuisine des années 1960, meublée de placards en formica et d'une table en bois. Quatre Tontons flingueurs y sont assis : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre. Ils tartinent des toasts au pâté en désespérant de la jeunesse qui danse le twist dans la pièce voisine. L'idée leur vient alors de boire un verre. Mais, comme le "tout-venant" (champagne, whisky) a été "piraté par les mômes", ils doivent se risquer sur le "bizarre", une gnôle de contrebande cachée sous l'évier. Blier ose une gorgée : "Faut reconnaître c'est du brutal!" Ventura fanfaronne – "J'ai connu une Polonaise qu'en buvait au petit déjeuner !" – avant de s'incliner, la gorge nouée : " Faut quand même admettre que c'est plutôt une boisson d'homme !" Lefebvre, les larmes aux yeux, s'interroge : " J'y trouve un goût de pomme." Blanche confirme : "Y en a !" Y avait-il seulement de la "pomme", voire de la "betterave", comme le suggérera ensuite l'impassible Jean Lefebvre?

UNE FRAÎCHEUR DE VIN NOUVEAU

Aujourd'hui encore, cet autre "bizarre" du cinéma d'autrefois garde en partie son secret. Le film aussi, d'ailleurs : trente-sept ans d'âge et une fraîcheur de vin nouveau ! Les chaînes de télévision le diffusent à des heures raisonnables. Les comédiens amateurs le jouent pour le seul plaisir des mots d'Audiard. Des internautes, bien trop jeunes pour avoir fréquenté Lulu la Nantaise ou Suzanne Beau-Sourire, lui dédient des sites. Les inconditionnels connaissent les dialogues par cœur, et il s'en trouve toujours un, à l'heure du pousse-café, prêt à jurer, mais oui, qu'il a "connu une Polonaise". Eternels Tontons flingueurs, dont l'humour très masculin, un rien machiste, a traversé les époques et imposé ses vérités. Celle de Lino Ventura, par exemple : "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît !"

Un film culte ? Sans doute, bien que les acteurs et techniciens encore vivants en soient les premiers surpris. "Des gamins de quinze ans m'appellent Antoine et me citent des passages entiers !", s'étonne Claude Rich, parfait dans le rôle du jeune emmerdeur exaspérant un Ventura impulsif. "On n'avait pourtant pas le sentiment de faire un chef-d'œuvre !", s'amusent Claude Vital, assistant réalisateur, et Maurice Fellous, directeur de la photo. Georges Lautner lui-même, le réalisateur aux quarante-deux longs métrages, s'interroge sur ce phénomène : "Pourquoi ce film et pas un autre ? Quand nous avons tourné, nous avions tous envie de rigoler. Finalement, c'est peut-être ça, l'explication : la déconnante vieillit mieux que le tragique !"

 UN POLAR, NON UNE FARCE

L'histoire originale n'avait pourtant rien de comique. Le roman d'Albert Simonin, Grisbi or not grisbi ("Série noire", Gallimard, 1955), dont le producteur Alain Poiré (Gaumont) confie l'adaptation, en 1963, au trio Lautner-Audiard-Simonin, est un polar, non une farce. Qu'importe : les trois compères en feront une parodie, noire mais drôle. Le texte, ciselé au plus juste pour chaque acteur, contrastera avec la grisaille du décor ; tout comme la musique de Michel Magne, tirée d'une sonate de Corelli et déclinée sur tous les tons (baroque, yé-yé). Quant au scénario, il s'éloignera du livre pour aboutir à un film décalé et loufoque, bâti sur une intrigue somme toute classique.

Un truand à l'agonie, le Mexicain, supplie son copain Fernand (Ventura) de gérer ses affaires et de veiller sur sa fille Patricia. L'ami Fernand, bien que reconverti dans "l'honnête", délaisse son paisible Sud-Ouest ("On ne devrait jamais quitter Montauban !") et s'attelle à la tâche. Les embûches ne manquent pas, à commencer par les frères Volfoni (Blier et Lefebvre), deux ambitieux, hostiles au "gu- gusse de Montauban". Celui-ci, piètre diplomate, s'imposera par la force, entouré d'un notaire à bretelles (Francis Blanche) et d'un ancien monte-en-l'air, Robert Dalban, promu majordome à l'anglaise.

Gaumont, maison de prestige peu habituée à verser dans la comédie, s'est associée pour l'occasion à des producteurs italiens et allemands. D'où la présence, dans la distribution, de vedettes étrangères. Pascal, l'élégant "porte-flingues" de Ventura, sera le Romain Venantino Venantini, artiste peintre de formation. Mac Ronay, comédien et magicien, célèbre en Italie et dans les cabarets parisiens, jouera le rôle de Bastien, "première gâchette" chez les Volfoni. Quant à Patricia, l'insouciante héritière, ce sera Sabine Sinjen, une Allemande de vingt et un ans, très populaire dans son pays. Son compatriote Horst Frank interprétera le patron de la distillerie clandestine, un homme de complots qui aura cette phrase définitive sur ses rivaux : "La bave de crapaud n'empêche pas la caravane de passer !".

 LA SCÈNE DE LA CUISINE

Le tournage débute le 8 avril 1963, en région parisienne. Si plusieurs scènes sont filmées en studio, à Epinay, l'essentiel de l'action a pour cadre un hôtel particulier, proche du château de Rueil-Malmaison. La cuisine est à peine assez grande pour accueillir une caméra, mais Lautner tient par-dessus tout à la scène de la beuverie au cours de laquelle les quatre hommes, nostalgiques, évoquent le milieu d'antan. "Je voulais faire référence à un passage de Key Largo, de John Huston", précise le réalisateur, qui a d'ailleurs choisi une photo de cette scène des Tontons pour illustrer la couverture de son livre de souvenirs, Foutu fourbi (Editions Source, La Sirène).

Acteurs et techniciens tournent pendant quarante jours dans cet hôtel particulier aujourd'hui remplacé par un parking. Le budget est serré, le temps leur est compté, et la Gaumont, à l'exception d'Alain Poiré, doute de ce projet farfelu. Heureusement, l'ambiance est excellente, à la fois studieuse et détendue. "Il y avait une forme d'émulation entre les vedettes, confie Georges Lautner. Tout en bossant sérieusement, on s'est vraiment marré !".

Lino Ventura, la star, a d'abord hésité à rompre avec son image d'acteur sérieux, voire sombre, mais il se sent vite à l'aise dans la peau du "gugusse de Montauban". D'autant qu'il sympathise avec Venantini, son "porte-flingues" attitré. "Lino était de Parme, moi de Rome, se souvient ce dernier. On discutait du pays, de la bonne bouffe. Son accent m'amusait, il parlait comme les gens de chez lui, avec des "ch" dans la voix !"

 

Chaque midi, l'équipe déjeune au bistrot du coin. Un moment sacré. Surtout pour Ventura, fine gueule et cordon bleu, dans le scénario comme dans la vie. "Lino adorait cuisiner, confirme Venantini. Quand le menu ne lui convenait pas, il apportait sa gamelle, à la manière d'un ouvrier de la Fiat !". Francis Blanche, beaucoup moins réservé, raconte des histoires drôles, verse toutes sortes de substances dans les verres des copains. L'homme est drôle, généreux, imprévisible. "Francis avait des moments de folie, de démesure, explique Claude Rich. On le voit lorsqu'il agrippe le poignet d'une jeune fille qui veut prendre des billets sur la table. Il crie "Touche pas au grisbi, salope !" et un reflet de mort passe dans ses yeux !".

Bernard Blier, également "porté sur la déconnante", selon Georges Lautner, a d'autres soucis en tête. Notamment celui de croiser le poing de Ventura. Mac Ronay, "première gâchette" chez Volfoni : "Un jour, en début de tournage, Blier est venu me voir. Il avait l'air préoccupé et m'a confié : "Dis, donc, Mac, je le sens pas ce film Lino est très nerveux. J'ai la trouille qu'il me file une vraie châtaigne ! Il l'a déjà fait deux fois, tu sais ! Je l'ai rassuré : "Te bile pas, il a dû répéter !", mais cela ne l'a pas empêché d'aller voir Lino et de lui lancer en plaisantant : "J'te préviens, j'me laisserai pas faire !" ".

 TIRADE EXPLOSIVE

Des "châtaignes", Bernard Blier, alias Raoul Volfoni, en prendra trois. Fausses, bien sûr, mais dignes du meilleur comique de répétition. A chaque fois, il se trouve dans sa péniche-tripot. On frappe à la porte Il ouvre. Ventura cogne. Volfoni s'écroule. Musique! Au troisième coup de poing, Blier aura cette tirade explosive, peut-être la plus belle jamais écrite pour lui par Audiard : "Non mais, t'as déjà vu ça ? En pleine paix, il chante et puis clac, un bourre-pif ! Mais il est complètement fou ce mec ! Mais moi, les dingues, j'les soigne ! J'vais lui faire une ordonnance et une sévère ! J'vais lui montrer qui c'est Raoul ! Aux quatre coins de Paris, qu'on va l'retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle ! Moi, quand on m'en fait trop, j'correctionne plus : j'dynamite, j'disperse, j'ventile !".

 

Evidemment, de si vertes sorties échappent quelque peu aux acteurs étrangers. Venantino Venantini peine à saisir toutes ces finesses linguistiques : " En arrivant, ils me parlaient tous de "flingues", de "flingues" Alors, j'ai fini par leur demander, avec mon plus bel accent, "Ma quezquécé oune flingue ?" Enfin, j'ai compris". L'acteur romain comprend d'autant mieux qu'il doit le sortir souvent, ce "flingue" ! Et toujours avec un silencieux. D'où ce fameux bruit, le délicat mais légendaire "doum, doum" des balles des Tontons. "Nous avions fait divers essais pour trouver un son particulier, se souvient Georges Lautner. Avec la bouche, ou encore un pistolet à bouchon. Puis, grâce à un copain qui faisait de la plongée, on a trouvé la solution, dans ma baignoire en déformant un bruit d'air comprimé." Le réalisateur a confié l'orchestration des bagarres à Henri Cogan, cascadeur et comédien. C'est un ami de Ventura. Ils ont combattu sur les rings de catch, jusqu'au jour où le Français a involontairement brisé la jambe de l'Italien, mettant ainsi un terme à sa carrière.

Leur amitié a survécu à l'accident mais, quand ils se croisent à nouveau, pour se battre dans la distillerie, Cogan sait que le copain Lino, à la différence d'autres acteurs plus douillets, ne sera pas doublé : "A un moment, raconte le cascadeur, il a failli m'en mettre une. Sans faire exprès, il m'a touché le menton ! On ne le voit pas à l'écran mais j'ai dis : "Oh ! Elle est arrivée, la belle bleue !", et Lino m'a répondu en souriant : "C'est pour ma jambe !" Ensuite, je suis passé à travers le mur ".

 LE TERMINUS DES PRÉTENTIEUX

Bien que le titre ne satisfasse ni Audiard ni Lautner – ils ont un moment envisagé Le Terminus des prétentieux –, la presse apprécie le film. Quand il sort sur les écrans, le 27 novembre 1963, Le Monde écrit ainsi : "Tout cela ne nous entraîne évidemment pas sur les sommets de l'art. Mais on ne se nourrit pas tous les jours d'ortolans. Et le bœuf gros sel a du bon." Le public aussi aime la cuisine traditionnelle : 453 000 spectateurs parisiens en six mois. En revanche – mais est-ce vraiment une surprise ? – les versions allemande (Mein Onkel der Gangster) et italienne (In Famiglia si spara) résisteront mal à l'épreuve de la traduction.

En France, en tout cas, les Tontons flingueurs vont bien vieillir, ignorer les modes et devenir une référence. Des joueurs du XV de France y feront allusion dans leurs commentaires d'après-match. Gaumont en sortira une version colorisée et envisagera – projet sans suite – d'en tirer une série. Des publicitaires l'utiliseront – suprême pied de nez – pour vanter les mérites d'une banque. Par-delà les générations, les dialogues gagneront de nouveaux adeptes, prêts à imiter Blier plaçant une bombe dans la voiture de Ventura et lançant : "Alors, il dort, le gros con ? Il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule. Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban ! Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère, au terminus des prétentieux !".

Plus de trente-sept ans après la sortie, les rescapés se font rares. Audiard, Ventura, Blanche, Blier sont morts, de même que le très stylé Robert Dalban ("Yes Sir !"). Sabine Sinjen est décédée d'un cancer en mai 1995, à cinquante-trois ans, au terme d'une brillante carrière théâtrale en Allemagne. Le film, lui, continue son parcours, laissant ses fidèles s'interroger au sujet de la scène de la cuisine : qu'y avait-il donc dans ces grosses bouteilles achetées chez un épicier des environs et faussement étiquetées "The Three Kings, scotch whisky" ? "Nous y avions probablement mis du thé, c'était l'usage", assurent, au risque de décevoir, d'anciens membres de l'équipe de tournage.

Un seul "tonton" peut encore témoigner : Jean Lefebvre, qui lui trouvait jadis "un goût de pomme", voire de "betterave". Il nous reçoit dans son salon, entouré de drôles d'oiseaux : un perroquet gris, plutôt discret ; et Léon, un mainate du genre bavard, qui demande sans cesse "On va danser ?", avant d'éclater de rire, "Ah ! Ah ! Ah !". Alors, du thé ou de l'alcool ? L'acteur est formel : "De l'alcool, j'en suis sûr ! Je ne sais pas ce qu'avaient les autres dans leurs verres, mais ce n'était pas un truc aussi fort que moi ! Et comme on a refait la scène plusieurs fois, à la fin, je n'en pouvais plus." Léon le mainate intervient :  "On va danser ? Ah ! Ah ! Ah !". Jean Lefebvre sourit puis conclut : "A mon avis, ça devait être du genièvre. Vous savez, je suis du Nord, et le genièvre, c'est ce qu'on donnait aux mineurs avant de descendre dans les puits. Croyez-moi, ça vous tortille les boyaux !".

Philippe Broussard

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Publié par Ludovic Bonneaud - dans C'est arrivé ce jour là
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