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PPP, le blog intégral: tout sur tout et un peu plus que tout, d'avant-hier, d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain!

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Poitiers sous le Second Empire (VI) : de la géométrie politique

 

Logo Centre Presse 1982VI. LA GEOMETRIE SUBTILE

 

MERCIER-LACOMBE pouvait voguer vers l'Algérie, l'âme sereine. Il avait accompli, en un peu plus de trois mois, son devoir de préfet de S.M. l'Empereur Napoléon III. Poitiers, "ville morte", allait sortir d'une torpeur dangereuse pour le régime impérial.

Etaienr assurés, selon les normes politiques du moment: en premier lieu, le travail des ouvriers du bâtiment, pendant une assez longue période, trois ans au moins: au surplus, le prestige de l'administration centrale, puisque le représentant de l'Empereur serait logé dans un palais à la fois commode et somptueux, d'accès facile mais, éventuellement, facile à défendre, à l'extrémité d'une avenue en ligne droite et sur le rebord d'un côteau. Subsidiairement, la salubrité publique y gagnait, la démolition de quelques maisons vétustes permettant l'aération et l'ensoleillement de celles qui seraient conservées. Haussmann n'eur pas fait mieux. Mercier-Lacombe avait pris, aux bons endroits, ses références. C'était un très bon préfet.

 

UN ANGLE DECIDEMENT OBTUS

 

On a vu que, d'autre part, il ne prenait pas de grands ménagements et de quelle officielle façon répondait le Conseil municipal de Poitiers. On a vu, aussi que la réponse ne parvint jamais à Mercier-Lacombe ou que, en tous cas, celui-ci ne lui attribua aucune importance puisqu'elle fut produite en pleine période de mutations préfectorales.

Cependant, revenons quelque peu sur la délibération du Conseil municipal de Poitiers en date du 20 novembre 1860. Elle oppose, en fait, à une ligne droite tracée par le Préfet, une autre ligne droite qui possède entr'autres subtilités, celle d'aboutir dans des terrains dont le Préfet n'a pas prévu l'expropriation pour cause d'utilité publique.

Il s'agit, là, d'un coup fourré très classique qui ne possède d'autre vertu que celle de prouver la dignité des édiles et de rappeler au Préfet qu'il convient d'en tenir compte.

Mais, en même temps que la presse locale rendait compte de la délibération du Conseil municipal, elle produisait un rapport de l'architecte de la ville. Le document montrait, en apparence, tout le bon vouloir du maire Grellaud et respectait les desiderata préfectoraux. Il disait, en termes très administratifs, à peu près ceci: Monsieur le Préfet veut installer sa Préfecture à tel endroit? Parfait! Le maire a des raisons d'asseoir sa Mairie à tel autre? Bravo! Il est opportun, indispensable pour toutes sortes de raisons, de relier ces deux monuments par une voie. Je propose un tracé qui fera un angle de 145°15' et dont le sommet sera situé environ à mi-chemin...

Et l'architecte Boyer ajoutait une phrase délicatement ambiguë: "Cet angle offrira beaucoup plus d'attraits qu'une seule et même igne droite qui indique toujours son point d'arrivée. Lui, au contraire, nous fait rêver sur ce que notre oeil ne peut découvrir."

L'historien ne pourra, sans doute, jamais découvrir si Grellaud et quelques membres du Conseil municipal la soufflèrent au fonctionnaire ou si celui-ci l'écrivit par astuce ou par amour de l'art. En tous cas, elle attaquait le pouvoir central dans ses oeuvres vives et persiflait étrangement.

Le journaliste Piogeard, bonapartiste conséquent, n'y vit point malice mais le nouveau Préfet Alphonse Levert, plus averti des théories géométrico-tactiques de son gouvernement, dut s'en montrer inquiet. Le 9 avril 1861, par lettre très confidentielle, le Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes, avertissait le Préfet de la Vienne que le Recteur de l'Université de Poitiers, l'abbée Juste, était chargé de "faire comprendre à M. Grellaud les inconvénients que (présentaient) le cumul de ses fonctions municipales avec ses fonctions de doyen de la Faculté de Droit et de professeur...

Le doyen Grellaud qui avait, baguère, approuvé l'angle obtus de son architecte possédait un sens suffisamment aigu des euphémismes pour savoir à quoi s'en tenir. Deux semaines plus tard (23 avril 1861), il rédigeait, sur le rebord du bureau préfectoral où il s'était appuyé pendant que le Préfet Levert lui confirmait les volontés ministérielles, une lettre de démission bien sentie: "J'ai apprécié, écrivait-il d'une main quelque peu tremblante - colère ou hâte d'en finir? - les motifs qui ont déterminé ( la mesure prise par le Ministre) et je n'ai pas dû hésiter à me soumettre à me soumettre à sa volonté..."

Ainsi drapé dans sa dignité, M. le Doyen Grellaud revenait, sur ordre, à ses chères études qui ne seraient plus,- le Ministre semblait y tenir beaucoup, - de géométrie.

 

LE TRIANGLE DE HASTRON

 

Le 4 juillet 1861, par décret de Persigny pris au Palais des Tuileries, Hastron devenait maire de Poitiers. Le pouvoir central avait usé de prudence et mis deux mois pour s'assurer de toutes les garanties. Pourtant, le rapport du Préfet Levert ne tarissait pas d'éloges. Charles Paul Hippolyte Hastron était ainsi présenté: "Pendant plusieurs années, maire de Couhé? Dévoué sans réserves à l'Empire. En 1849, au moment de la Législative, venait de refuser les frais de représentations au Président de la République, il écrivit au Prince que sur sa fortune personnelle, il mettrait une somme annuelle de 3000F. à sa disposition. Energique, initié aux affaires, il prendra franchement en main les affaires de la ville". Son revenu annuel était évalué à 30000F. (1)

Charles Paul, dit Hippolyte Hastron, banquier, possédait toutes les qualités pour diriger les affaires municipales. Son dévouement à l'Empire, cautionné par le Préfet, ne fit plus de doute lorsque parut la proclamation signée de lui qui, en grandes lettres noires sur fond blanc, fut affiché sur les murs de la ville et à la porte des églises (26 juillet 1861).

Hastron, cependant, n'approuvait pas le projet Mercier-Lacombe. Partisan convaincu d'un pouvoir fort et d'un politique de prestige qui s'exprimaient par des constructions somptueuses et des percements de rue en ligne droite, il n'en répugnait pas moins au tracé ordonné par l'ancien préfet. Scrupule d'élu du peuple? Avant d'être nommé maire par l'Empereur, il avait été choisi par ses concitoyens au suffrage universel. Mais l'homme, quoiqu'instruit, ne passait pas pour l'intellectuel et les querelles de droit public lui semblaient byzantines.

On se fut, donc, étonné de le voir suivre Grellaud dans la fameuse contre-attaque du 20 novembre 1860 si un document à couverture jaune qui sera publié en 1862 ne faisait état d'un certain triangle qui venait compléter la géométrie poitevine de ce temps-là, en s'ajoutant aux considérations de parallélisme, de symétrie, de ligne droite et d'angle obtus, longuement et subtilement évoquées.

Un triangle de 5m. 50 de base et 2m. 40 de hauteur. Un triangle, enfin que le tracé Mercier-Lacombe, entrant dans "la partie sud du terrain de M. H. Astron, banquier" lui enlevait!

Il n'en fallait pas davantage pour que "la voie du progrès" s'en trouvât infléchie.

 

Alain R. DANY

 

Prochain article:

COMMENT ON ECORNA LES AUGUSTINS

(1) Chapitre V.

(2) 9 millions de nos anciens francs.

 

Précédemment:

I. LA COURSE DE LENTEUR

II. LES REVES DES NOTABLES

III. UN PREFET DESSINATEUR

IV. UN MATCH DE BILLARD ADMINISTRATIF

V. REPONSE ENTRE LES LIGNES

 

Et ensuite:

VII. COMMENT ON ECORNA LES AUGUSTINS

VIII. VOYAGE AUTOUR DE LA PLACE D'ARMES

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