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PPP, le blog intégral: tout sur tout et un peu plus que tout, d'avant-hier, d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain!

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Poitiers sous le Second Empire (V) : un affrontement de lignes

Plan-centre-de-Poitiers-en-1860.JPG

V. REPONSE ENTRE LES LIGNES

 

Le Conseil municipal de Poitiers comptait alors 26 membres. Tous ces hommes étaient des notables élus au Suffrage universel par un corps électoral sensible, davantage qu'aux théories politiques, au modérantisme et à la sagacité des candidats concrétisés par l'importance de leurs revenus. Beaucoup de propriétaires - et des plus grands - parmi eux :  Maximin AUTELLET avouait 25000 F. de rentes ce qui laissait entendre que son capital était au moins 30 fois plus élevé (1). HASTRON - que nous retrouverons bientôt - était banquier. Un bon quarteron de professeurs de droit avec GRELLAUD déjà nommé, Olivier BOURBEAU, intelligent et ambitieux et quelques autres appartenant à la Cour Impériale, constituaient les têtes chercheuses. Serein et silencieux depuis 1852, attendant son heure, le médecin Arsène-Orillard incarnait une forme de libéralisme poitevin charitable et discret tandis que l'imprimeur OUDIN dont les presses tiraient "Le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres" courtisait volontiers des légitimistes bon teint.

 

UN PROGRAMME DE CHOC

 

Tous furent d'accord pour suivre dans la contre-attaque, laquelle devrait prouver que le Conseil municipal de Poitiers, tout en reconnaissant le bien fondé d'une décision préfectorale, savait, seul, prendre ses responsabilités et demeurait seul juge des grands intérêts de la Ville.

En foi de quoi, ils fabriquèrent un programme des grands travaux de Poitiers propre à inquiéter n'importe quel préfet, fût-il de formation coloniale comme MERCIER-LACOMBE: Cinq articles dont deux assortis de chausse-trapes en forme de clauses d'anodine apparence. Le tout, parfaitement établi, étudié par le menu, avec des considérations philosophiques, financières et même - et surtout - géométriques, sortit de la délibération du 20 novembre 1860.

Qu'on veuille bien, ici, observer la date et en tirer la conclusion que le Conseil municipal de Poitiers mettait quelque élégance à répondre à la mesure vexatoire du préfet fixant au 1er janvier 1861 le terme de rigueur. Mais la riposte n'était pas là tant s'en fallait, encore qu'elle prouvât l'aptitude des Poitevins à voir vite. Quoi qu'il en fût, le Conseil municipal décidait que l'Hôtel de ville serait bâti, sur des terrains à l'Est de la Place d'Armes déterminés par deux lignes parallèles, l'une, au Nord, partant de l'alignement du Théâtre, l'autre au Sud, continuant la façade de la Maison Gorini.

Un boulevard de 20m de largeur - et non pas une rue de 16m. - suivrait vers l'Ouest, la parallèle équidistante aux deux lignes précédentes. Au surplus, on dégagerait le chevet de l'église Notre-Dame-la-Grande et l'on créérait deux rues de 10m. de large: la première allant de la rue d'Orléans (actuelle rue Jean-Jaurès) à la rue de l'Industrie (actuelle rue Edouard-Grimaux) par le carrefour des Cordeliers élargie; la seconde, toute droite, ferait communiquer l'extrémité nord de la rue des Quatre-Vents (actuelle rue Riffault) avec le boulevard Chasseigne. Pour mémoire, on signalait les travaux d'agrandissement du Lycée Impérial.

 

PAR QUATRE BANDES

 

Emprunt au Crédit Foncier, maintien des centimes additionnels aux 4 contributions directes, taxes additionnelles et extraordinaires d'octroi étaient prévus au chapitre "Voies et moyens".

Indépendamment du montant des dépenses qui devrait faire tiquer le Préfet, l'énoncé du parallélisme de deux bords de la place d'Armes et de l'axe médian du boulevard projeté, le point de départ dudit boulevard fixé à l'Hôtel de ville et non à la Préfecture, poseraient de graves problèmes à l'autorité préfectorale et, en tout état de cause, détruiraient l'économie du projet Mercier-Lacombe pour un temps. Ainsi cet homme pourrait, à loisir, méditer sur les inconvénients d'une méprise: Poitiers n'était ni Draguignan ni, à fortiori, Alger. Il était prié de bien vouloir l'observer en lisant entre les lignes. A un coup massé, GRELLAUD et ses conseillers ripostaient par un "quatre bandes" non débué de virtuosité.

Or, quand cette délibération du 20 novembre 1860 parvint à la Préfecture, MERCIER-LACOMBE, via Cannes et la villa du bord de mer, avait pris le chemin d'Alger. Il allait vers Marie Belle, la bien-nommée, retrouver l'amour et, muni du titre de directeur général des services civils d'Algérie, tracer d'autres traits sur des cartes vierges...

 

Alain R. DANY

 

(1): la Compensation avec la valeur actuelle de la monnaie est faite en multipliant par 3.

 

PRECEDEMMENT:

I. LA COURSE DE LENTEUR

II. LES REVES DES NOTABLES

III. UN PREFET DESSINATEUR

IV. UN MATCH DE BILLARD ADMINISTRATIF

 

Prochain article: VI - LA GEOMETRIE SUBTILE

A suivre:

VII. COMMENT ON ECORNA LES AUGUSTINS

VIII. VOYAGE AUTOUR DE LA PLACE D'ARMES

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