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PPP, le blog intégral: tout sur tout et un peu plus que tout, d'avant-hier, d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain!

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Il ne faut pas confondre "Sarcologie" et "Sarkologie"

SARCOLOGIE-1889.JPG

Dictionnaire des mots et des choses, tome 3, 1889.


La chronique de Philippe Alexandre
Petits manuels de sarkologie

Publié le 01/04/2008

C'est un métier, foutu métier, sarkologue! Ce n'est pas le journaliste Philippe Ridet qui a trouvé le mot mais c'est pour lui qu'il a été inventé. Ce malheureux confrère a été pris d'un coup de blues en réalisant qu'il avait consacré une douzaine d'années et l'essentiel de sa vie professionnelle à "ce personnage qui, dit-il, n'était pas mon genre". Mais la presse est un miroir dans lequel Nicolas Sarkozy se contemple et ses rapports avec les journalistes constituent une bonne méthode d'analyse sarkologique. 

Le livre de Ridet n'a rien de pédant ni d'universitaire. C'est le journal d'un homme qui a suivi, vu et écouté Nicolas Sarkozy. D'un expert. Le résultat est savoureux, parfois hilarant, mais aussi pathétique et accablant. Pour accomplir sa besogne, il lui a fallu s'accrocher à une charrette chargée de reporters ou "monter à bord d'une pirogue sur le fleuve Maroni en juin 2006 pour assister à la réconciliation du couple Sarkozy" (chapitre Cécilia). 

Sur un petit carnet, notre auteur a noté les moindres répliques et coups de gueule de son "cas d'étude", d'abord candidat puis chef de l'Etat. Dix-huit mois avant l'élection, au cours d'un voyage à La Réunion, il rêve devant les journalistes: "Je peux gagner de l'argent. D'abord, je fais Président, puis je fais avocat." C'est cette étrange conjugaison du verbe "faire" qui retient l'attention du sarkologue patenté. Autre expression dont les professionnels de la sarkologie feront leur miel, elle a été relevée aux Etats-Unis alors que Sarkozy est devenu Président: "Moi, je suis un gros populaire!" Un jour, commentant une rumeur qui lui prêtait des aventures avec les épouses de quelques-uns de ses proches, le chef de l'Etat, faisant briller à son poignet le chronomètre qui (avec le portable) lui sert de marque de fabrique, s'est amusé: "Je suis très inférieur à ma réputation." Un autre jour, prenant Ridet à témoin, il avait gloussé: "C'est incroyable ce qu'on peut séduire à cinquante ans, hein?" 

Non professionnel mais néanmoins fiable en matière de sarkologie, l'ancien ministre François Léotard est revenu, le temps d'un livre, à la politique pour adresser au président de la République des remontrances amères. Regrets éternels? Le temps n'est pas si loin où Léo avait sa bande, ses fans et un destin présidentiel auquel Mitterrand l'avait encouragé. Aujourd'hui, il dit dans un bref ouvrage sa déception, sans doute partagée par beaucoup d'hommes et de femmes qui, comme lui, ont voté Sarkozy en 2007, le coeur bondissant d'espoir. "On est un peu honteux, assure-t-il. On s'est fait prendre. Mais quel talent! Les ménagères de 40 ans sont subjuguées!" (L'ancien ministre de la Communication se trompe un peu sur l'âge de la ménagère-étalon de l'Audimat, mais bah!) Au comble du désenchantement, il va jusqu'à critiquer - oh! sacrilège! - l'élection du président de la République au suffrage universel: "On sait maintenant que cela rend les candidats fous et les électeurs légèrement ivres." 

Mais l'ancien collègue de gouvernement et frère d'armes du chef de l'Etat a de plus sérieux griefs contre lui. D'abord, ce ministère de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale qui lui est resté en travers de la gorge, avec son concept identitaire "le plus flou qui soit, le plus chargé de fantasmes, de réécritures et d'impasses". 

L'ancien ministre n'a pas le regard en coin du journaliste ni sa verve assassine, mais il ne fait pas la fine bouche devant la belle Italienne du Président. Sauf Disneyland. On ne va pas à Disneyland "quand on porte le flambeau des amours françaises". 

Aux diplômés du troisième cycle, il faut conseiller la lecture de deux cours de sarkologie appliquée. Ils ont pour auteurs un psychanalyste et deux linguistes. Pour le premier, Sarkozy est un cas de pathologie tel que Norman Mailer l'a décrit (dans Les nus et les morts). Pour les deux autres, le chef de l'Etat est un double: une tête, Henri Guaino, et une voix, Nicolas Sarkozy. Ou une plume et un corps. 

Mais c'est le journaliste qui résume le mieux ces leçons de sarkologie: "Et si Nicolas Sarkozy était finalement celui qu'aiment haïr ses détracteurs: hâbleur, bluffeur, seulement occupé de lui-même et de l'image qu'il projette?" 

Après cela, Ridet peut se faire du souci pour la suite de sa carrière de sarkologue du premier rang.

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