Désolé de rompre avec l'unanimisme béatifiant du moment concernant la vie, l'oeuvre et le décès de René Monory. Mais le consensus mou n'est jamais enrichissant.
Une ombre demeurera éternellement sur le tableau du "garagiste de Loudun": la mort de Malik Oussekine, ou plutôt son meurtre.
René Monory était ministre de l'éducation nationale du gouvernement Chirac II (1986-1988), et Alain Devaquet, son ministre délégué chargé de la recherche et de l'enseignement supérieur, un peu le Pécresse de l'époque.
Alors que la contestation étudiante fleurissait un peu partout en France face au projet ultra-libéral Devaquet sur les universités, les voltigeurs (policiers en moto tout terrain, l'un pilotant l'autre nettoyant les rues à coup de matraque, concept qui aurait pu éclore dans les années 1930 tant son procédé est ignoble) ont alors fait du zèle en martyrisant Malik Oussekine, jeune étudiant de 22 ans ne participant pas aux manif's.
Monory venait de reprendre la veille le projet, le vidant de sa substance. La mort de Malik Oussekine finira d'achever la vie du projet universitaire.
Plus de 400000 personnes participèrent à Paris de manière silencieuse aux obsèques du jeune homme, victime de la férocité de quelques brutes sanguinaires.
Devaquet démissionna le lendemain du drame, Monory resta finalement à son poste. Pas coupable certes, mais responsable de la mort d'un homme dont le sang entachera à tout jamais son parcours.
Quand la République se trouve défendue par ces hordes assoiffées de haine et de vengeance, elle ne va vraiment pas bien. 6 mois auparavant, le FN faisait 10% aux législatives proportionnelles.
1986, une année trouble...