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Platini: "Une défaite serait catastrophique"
Avec sa franchise habituelle, l'ex-sélectionneur fait le point avant une échéance capitale.
Un spectateur sera attentif, "particulièrement tendu" même, mercredi au Parc de Princes quand la France affrontera la Bulgarie, sa "bête noire", pour un billet pour la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. Il s'agit de Michel Platini, l'homme providentiel du football français, qui lui avait permis de se qualifier in extremis pour les Coupes du monde 1978, 1982 et 1986, à l'issue de matches également décisifs.
Aujourd'hui co-président du Comité français d'organisation de la Coupe du monde 1998 en France, Michel Platini suit de très près tout ce qui se passe dans le football. Il a plongé dans ses souvenirs mais aussi livré le fond de sa pensée sur l'équipe de France actuelle, sur son successeur à la tête des "Bleus", Gérard Houiller. Sans complaisance mais toujours avec sincérité.
Michel Platini, vous serez bien sûr au Parc?
"Oui et je serai particulièrement tendu pour ce match auquel j'assisterai en supporter. La défaite contre Israël a été déjà catastrophique pour la qualification, mais un nouveau faux pas contre la Bulgarie serait catastrophique pour tout le football français. Cela dit, nous n'en sommes pas là. Il vaut mieux être dans notre position - il nous faut un point - que dans celle des Bulgares."
Justement les Bulgares, vous connaissez. Que reste--t-il aujourd'hui de la soirée du 16 novembre 1977 où la France obtint la qualification pour le Mundial argentin?
"Tout d'abord le public du Parc. Extraordinaire. L'un des plus beaux public que j'ai entendu, nous poussant constamment. On se sentait fort après l'insjutice du match aller à Sofia et on avait la sensation que rien ne pouvait nous arriver."
18 novembre 1981, même scénario, la France accueille les Pays-Bas et doit gagner...
"La situation était plus compliquée. Nous n'avions pas gagné un match depuis longtemps et les Pays-Bas nous impressionnaient. Le coup de poker tenté par Michel Hidalgo a bien marché: je marque sur coup-franc et Didier Six ajoute un second but sur contre-attaque en fin de match. Le public était là, mais comme nous, plus craintif, moins serein. Je reste persuadé que ce match a été le déclic et marque le début de la génération demi-finaliste au Mundial 82 en Espagne et au Mundial 86 au Mexique, championne d'Europe 1984. Sans ce match, et aussi le France-Allemagne de Séville, elle n'aurait pas existé."
Troisième match au couteau, le 16 novembre 1985, France - Yougoslavie...
"C'était le moins dur des trois. On était champion d'Europe, forts dans notre tête, plus sûrs de nous. Il ne fallait pas perdre. On gagne 2-0, je marque deux fois. Rien ne pouvait nous arriver devant un public qui avait encore répondu présent..."
Parlons un peu de ce public, Jean-Pierre Papin a vivement réagi après avoir été sifflé contre Israël, qu'en pensez-vous?
"Je dirai à Jean-Pierre que lorsqu'on perd face à une équipe comme Israël, il ne faut pas s'attendre à recevoir des fleurs. C'est normal, tous les publics sont comme ça. J'ai connu cela au Parc. Un jour, contre Stuttgart, le public a scandé "Platini dehors", je suis sorti...Si Pain marque contre la Bulgarie, le même public l'ovationnera."
"Comme un match normal"
Quels conseils donneriez-vous à l'équipe de France avant cette rencontre décisive contre la Bulgarie?
"L'aborder comme un match normal, en évacuant la pression. Les joueurs ont de la maturité. Il faut qu'ils jouent sur leur valeur. Comme on n'a pas progressé au niveau technique depuis l'Euro 92 en Suède, sauf avec l'arrivée de Pau Le Guen, il faut donc compenser ces lacunes par une condition physique et une concentration optimales. Mais je suis confiant, c'est le type de match qu'il faut à cette équipe de France pour s'exprimer."
Gérard Houiller doit-il céder sa place en cas de défaite, et donc d'élimination?
"Un sélectionneur est par vocation un homme seul. Il doit faire des choix qui ne plaisent pas toujours à tout le monde et qui ne sont pas toujours bons. On l'a vu contre Israël avec les choix tactiques et de la préparation. L'action de Gérard Houiller sera donc positive si la France se qualifie. Sinon, je crois qu'il devra céder sa place, tout en conservant éventuellement son poste de directeur technique nationale. Ca me semble logique."
Seriez-vous prêt à revenir à la tête de la sélection?
"Non, j'ai une tâche exaltante avec la Coupe du monde 1998, et cela me suffit. Mais Dieu sait s'ils sont nombreux les candidats déclarés ou agissant par en-dessous...Cela dit, de grâce, concentrons-nous sur ce match contre la Bulgarie. Après, il sera toujours temps de dresser un bilan..."
La Nouvelle République, Samedi 13 Novembre 1993.
A lire:
Coups de tensions chez les Bleus (la NR du 15 Novembre 1993)
"Le grand soir ou le grand noir" (la NR du 17 Novembre 1993)
France-Bulgarie, le résumé de la rencontre du 17 Novembre 1993