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PPP, le blog intégral: tout sur tout et un peu plus que tout, d'avant-hier, d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain!

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Souvenirs de deux Poitevins de l'Armistice du 11 Novembre 1918

Commémoration

11 NOVEMBRE

"Un ardent désir de paix"

  ancien-combattant-11-novembre-1918.JPG

Léon Minet et Charles Brun, aujourd'hui pensionnaire de la Résidence d'Or à Montmorillon, se souviennent de la guerre et de l'Armistice...

"Ce 11 novembre 1918 fut un grand jour de soulagement. Je me trouvais à Angoulême. Spontanément, les civils fraternisaient avec nous, les militaires. Tout le monde était dans les rues! Cette expression de joie était cependant teintée d'une immense pudeur: la France pensait ses blessures. Les familles peluraient aussi ceux des leurs qui ne reviendraient jamais..."

A 93 ans, Charles Brun revit l'Armistice comme s'il y était encore. Par bonheur, le poids des ans a laissé intacte sa vivacité d'esprit et la parfaite acuité de ses souvenirs: "En 1918, j'étais engagé volontaire. Mes trois frères aînés, eux, étaient au front. Le 11 novembre, je terminais mes classes au 8ème régiment du génie et des transmissions; j'avais signé pour quatre ans. Avant de rejoindre à Mayence la 10ème armée du général Mangin puis, plus tard, le central des télécommunications de Casablanca, j'ai vécun l'armistice comme un moment d'une formidable intensité". De retour à la vie civile pour devenir restaurateur à Bussière-Poitevine, sa ville natale, M. Brun aura aupravant servi l'armée de sa propre initiative. "Et ce malgré la forte réticence de ma mère! Mais nous étions des patriotes, et voulions sauver la France. Au-delà de la guerre, il y avait un ardent désir de paix..."

 

Léon Minet pionnier des airs

 

Léon Minet est né à Montmorillon voici 97 ans. Aujourd'hui, ses jambes ne le portent plus; mais sous son éternel béret brille encore un oeil vif et clair. Incorporé le 10 août 1916 et après un passage dans l'infanterie, le voilà pilote d'avions! Des "coucous" qui atteignaient 150km/h, battus par les secousses. L'Armée de l'air n'existait pas encore: "Il y avait très peu d'appareils. Nous évoluions par petits groupes de trois ou quatre. Nous n'avions évidemment pas de cabine. Il fallait y aller le nez au vent!"...Dans les unités aériennes de Vineuil puis d'Istres, Léon Minet se distingue vite du lot. Pour le pilotage, il a l'oeil du lynx et l'adresse du chat: pas une égratignure durant la guerre; juste une blessure à l'épaule consécutive à un atterrissage brutal. Le pilote est nommé instructeur, une fonction que le caporal Minet remplira jusqu'e 1919, date de sa démobilisation où, à Chauvigny, il reprendra la scierie familiale. Il sera en outre le premier président de l'aéro-club local.

Ses souvenirs de la guerre sont parfois confus ("Tout cela est tellement loin!") mais Léon Minet n'a pas oublié sa passion pour l'aviation: "Pour moi, voler était d'abord une distraction. Même s'il y avait la guerre et le danger."Et d'ajouter, un rien goguenard: "Les Allemands étaient forts dans les airs...mais nous n'étions pas mauvais non plus!" Pour ses brillants services aériens, Léon Minet (qui sera rappelé en 1939) recevra plusieurs décorations. Mais ce pionnier des airs n'est pas du genre à arborer le "placard", et s'en explique: "Vous pensez bien qu'on a pas fait la guerre pour cela. A dire vrai, je m'en fiche un peu, des médailles."

Charles Brun et Léon Minet vivent désormais en paix. Une paux qu'ils apprécient sans doute mieux que quiconque pour l'avoir défendue dès le début de ce siècle. La guerre, ils l'ont gagnée. Le respect de nous tous également.

 

Eric RICHARD

La Nouvelle République, Mercredi 10 Novembre 1993

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