PPP, le blog intégral: tout sur tout et un peu plus que tout, d'avant-hier, d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain!
Sur la dernière étape du Tour du Poitou-Charentes 2011, Buxerolles, Vendredi 26 Août 2011.
Alors que le plat de résistance de cette 99ème édition débute véritablement aujourd'hui, on peut entendre, lire ici ou là, que "ça y est, c'est plié", "autant aller directement à Paris", "Wiggins a écrasé le Tour". Certes, il ressort au bout d'un peu plus d'une semaine de course que Bradley Wiggins a véritablement pris un ascendant sportif et psychologique sur ses adversaires avec sa prestation lors de l'arrivée à La Planche des Belles Filles, ainsi que lors du contre-la-montre s'achevant à Besançon. Certes, il dispose d'un solide lieutenant en la personne de son coéquipier Christopher Froome vainqueur aux Belles Filles samedi. Certes, tout comme lors du Dauphiné Libéré 2012, son équipe écrase la concurrence, donne le tempo, lâche des bons de sortie à qui elle veut: bref, comme au temps de l'US Postal, c'est l'équipe la plus forte du peloton. Il faudrait avoir du cambouis dans les yeux pour ne pas s'en apercevoir.
Mais, et c'est là que ça devient intéressant, la partie n'est pas finie pour autant. En effet, on ne gagne le Tour qu'une fois la ligne d'arrivée des Champs-Elysées franchie (on peut arriver en Jaune à Paris et être perdant comme Laurent Fignon en 1989). Et pour cela, il reste encore un peu moins de 1900 km de course. C'est-à-dire autant de kilomètres que de dangers potentiels. Nul, dans le peloton, n'est à l'abri de ce que l'on appelle le "fait de course": la gamelle, l'incident mécanique. Favori ou outsider, aucun ne peut prétendre d'être à l'abri de la fringale, du jour-sans, ou d'un affaiblissement physique ou moral pour quelle que raison que ce soit.
Le parcours ici proposé est truffé de piège: il n'est pas inimaginable de voir un coup de bordure se réaliser le 14 Juillet lors de l'étape arrivant au Cap d'Agde, en prenant appui sur le vent méditerranéen. Des cols nouveaux avec des passages très raides (Grand Colombier et Peyragudes, avec des passages à plus de 10%) peuvent en surprendre plus d'un.
Et puis, et c'est là le téléspectateur buveur de panaché qui vous dit cela, il ne faut pas désespérer de la concurrence, qui, si elle n'a pas renoncer au Maillot Jaune, va devoir passer à l'offensive dans les étapes de montagnes, car depuis lundi on l'a compris, ce n'est pas sur les contre-la-montre qu'ils parviendront à surprendre le coureur britannique, vu que les derniers prétendants à la victoire finale, à savoir Evans et Nibali, y ont perdu respectivement 1'43" et 2'07". Et sont relégués ce mardi à 1'53" et 2'23", sachant qu'en 3ème position, nous retrouvons Froome qui compte 2'07" de retard sur son boss.
Le terrain de jeu proposé par les organisateurs est propice à l'offensive: mais pour cela, il faudra avoir le courage de lancer les grandes manoeuvres de loin, et non pas attendre le dernier col, ce qui serait dans l'intérêt de Wiggins, qui pourra ensuite faire imprimer un tempo aux restes du peloton qui n'aura pas encore réservé son ticket dans l'autobus (le grupetto) limitant les risques d'attaque de ses adversaires et le rapprochant chaque jour un peu plus du titre. Pourquoi ne pas tenter quelque chose aujourd'hui dans l'ascension du Grand Colombier (17,4km à 7,1% dont 4km à plus de 9%), sachant que l'arrivée, au sommet, sera à moins de 50km et qu'il n'y aura pas de vallée jusqu'à Bellegarde-sur-Valserine? Pourquoi ne pas mettre le feu dans l'étape de jeudi, Albertville - Les Sybilles: une étape de 148 km dont près de la moitié (70km) sera constituée d'ascensions avec au menu, s'il vous plaît, deux "Hors catégorie", à savoir la Madeleine et la Croix de Fer?
Evidemment je ne souhaite en aucun cas malheur à Wiggins. Mais l'amoureux du Tour que je suis souhaite voir de la bagarre, du panache, des grandes manoeuvres, du suspens, des rebondissements et il serait dommage d'escamoter tout cela au nom d'intérêts de petit boutiquier!
Enfin, un petit mot sur les Français, sur lesquels il ne faut pas compter pour monter sur le podium cette fois-ci. Comme chaque année, ils nous régalent en partant quotidiennement à l'abordage, et dimanche, je fus très heureux du succès de Thibaud Pinot. Aujourd'hui, demain, et dans les Pyrénées, je n'ai aucun doute sur leur présence aux avants-postes, pour s'inscrire dans la gagne d'une étape, mais aussi dans la quête du maillot du meilleur grimpeur qui attirent beaucoup de convoitises et devrait a priori quitter les épaules du Suèdois Kerssiakoff ce soir, sauf si celui-ci se sent assez puissant pour repartir à l'assaut. Pierre Rolland est diminué du fait d'une chute vendredi mais parvient malgré cela à faire des choses remarquables, Péraud a abandonné ses prétentions au général, Chavanel, ayant reculé au classement a davantage de liberté, Coppel est en "liberté surveillé" (un coureur de Sky lui a fait comprendre dimanche que son équipe ne lui donnait pas de bon de sortie dans l'échappée de ce jour-là), Voeckler, connu et reconnu, est attendu au tournant,...Bref, ils ont de l'audace et de la motivation, et ils peuvent faire ces prochains jours ce qu'ils savent faire de mieux: partir glaner quelques précieuses et prestigieuses victoires d'étape.
Alors tout simplement: aujourd'hui et pour les prochains jours, rien ne va plus faites vos jeux!